 |
L'eau, un enjeu
planétaire |
| |
Copyright © INRA 2004 (tous
droits réservés) |
| |
|
| |
|
| |
|
| Ce dossier sur l'eau constitue une
introduction aux problématiques de l'eau et des milieux aquatiques;
il met en perspective les questions d'actualité qui seront
abordées dans les fiches spécialisées.
Les références
détaillées des notes et les liens vers des sites externes
sont rassemblées en page Ressources.
|
L'eau, un enjeu planétaire : l'«or bleu» du XXIe
siècle |
| |
|
| De
la journée de l'eau à l'année mondiale de l'eau Pour faire prendre conscience de la nécessité
de préserver la ressource d'eau disponible (sur le plan quantitatif
et qualitatif), l'ONU, au cours de sa 47e session du 22 février
1993, décréta la célébration d'une "journée
mondiale de l'eau", à date fixe, le 22 mars. A cette
occasion, les Etats ont été invités à
organiser des activités appropriées à leur
contexte national.
L'année 2003 a été décrétée
année mondiale de l'eau par l'ONU sur le thème «Water
for the Future».
L'eau est
une ressource fragile et limitée
De toutes les ressources renouvelables de la planète, l'eau
douce est celle dont le manque est le plus implacable pour l'humanité.
Entre 1940 et 1990, la population mondiale a plus que doublé,
passant de 2,3 à 5,3 milliards d'être humains. Dans
le même temps, la consommation d'eau par habitant, passant
de 400 à 800 m3 par an, a elle aussi doublé, entraînant
ainsi un quadruplement en un demi siècle de l'eau utilisée.
De telles augmentations seront dans l'avenir probablement impossibles
à soutenir. Déjà, certains pays d'Afrique et
d'Asie Mineure manquent d'eau, en quantité et en qualité,
mais à plus long terme, certaines parties de l'Asie et de
l'Amérique latine, voire de l'Europe, connaîtront le
même problème.
Plus d'un milliard d'habitants n'ont pas accès à l'eau
en quantité suffisante et 2,5 milliards
ne disposent pas de système d'assainissement satisfaisant.
L'ONU prévoit qu'en 2025, 1,8 milliards d'êtres humains
vivront dans des pays ou régions affectés par une
pénurie totale d'eau et environ 5 milliards dans des régions
où il sera difficile de répondre à tous les
besoins en eau douce.
Ces pays sont confrontés au problème
de la qualité de l'eau (ils ne sont pas
les seuls), à l'augmentation des coûts d'exploitation
et de distribution de l'eau, à la dégradation des
sols en zones irriguées, à la diminution de la ressource
souterraine, à la dégradation des écosystèmes.
La faible qualité de l'eau de boisson est
bien souvent due à l'insuffisance d'infrastructures de distribution
et d'assainissement. Une plus grande qualité de l'eau suppose
aussi des coûts de traitements plus élevés.
Malgré les efforts pour augmenter les ressources
disponibles (construction de barrages, pompages d'eaux souterraines),
le % des écoulements de surface utilisés pour les
besoins humains augmente, à mesure que la population, l'industrie
et l'agriculture se développent.
Il faut signaler que les populations qui n'ont pas d'accès
à l'eau, sont bien souvent les mêmes que celles qui
souffrent de la faim.
En fonction de la situation économique du
pays, les conditions de fourniture d'eau potable peuvent être
différentes. Les pays riches subissent une inflation des
coûts à cause de normes plus sévères
et de pollutions ponctuelles fortes, alors que les pays pauvres,
qui pour la plupart n'ont tout simplement pas de systèmes
de traitements, ont des approvisionnements en eau très peu
coûteux : il y a environ 11 000 stations d'épuration
des eaux en France, pour 200 en Chine.
L'accès à l'eau douce pour
tous est un droit primordial et universel.
Falkenmark M. estime que les besoins domestiques minimaux en eau
pour mener une vie saine représentent environ 100 litres
par jour et par personne (36,5m3/an) mais que les besoins de l'agriculture
et de l'industrie multiplient ce chiffre par 5 à 20. Il a
proposé des seuils de :
- contrainte : en dessous de 1700 m3/an/personne, un pays peut souffrir
localement ou occasionnellement de problèmes d'eau,
- pénurie relative : en dessous de 1000 m3/an/personne, le
développement d'un pays ainsi que le bien-être et la
santé de la population sont mis en cause,
- pénurie absolue : en dessous de 500 m3/an/personne.
Ces seuils ne constituent pas des limites absolues car les besoins
en eau dépendent du climat, du niveau de développement
économique et de facteurs politiques.
Plus de 40% de la population mondiale vit dans
des bassins fluviaux transfrontaliers, ce qui impose de partager
la ressource entre pays voisins. Cette situation apparaît
comme un enjeu stratégique et peut être génératrice
de situations conflictuelles locales ou internationales.
La rareté et l'emploi, parfois inconsidéré,
de l'eau douce compromettent de plus en plus gravement la possibilité
d'un développement écologiquement rationnel et durable.
Eau et développement
durable
Difficile à purifier, coûteuse à transporter
et impossible à remplacer, l'eau douce est essentielle à
la production des aliments, au développement économique
et à la vie elle-même. Cependant, dans un contexte
de population mondiale croissante, l'eau douce mérite une
attention toute particulière dans les discussions globales
sur l'utilisation durable des ressources naturelles.
Le développement de bien des régions dans le monde
est étroitement lié à leur ressource en eau.
La consommation d'eau par habitant est l'un des indicateurs du développement.
Le rapport de la Conférence internationale sur l'eau et l'environnement
(ICWE, Dublin, 26-31 janvier 1992) montre "que les problèmes
n'ont pas un caractère théorique et que ce n'est pas
dans un avenir lointain qu'ils affecteront la planète : ils
sont bien réels et les effets sont déjà ressentis
aujourd'hui".
Les participants à cette Conférence
de Dublin sur l'eau, ont demandé d'aborder l'évaluation,
la mise en valeur et la gestion des ressources en eau.
En adressant ce message aux dirigeants du monde entier, qui se sont
réunis la même année en Juin à Rio de
Janeiro à l'occasion de la Conférence des Nations
Unies sur l'environnement et le développement (CNUED), les
signataires de la déclaration de Dublin se sont engagés
à développer un programme intitulé : "L'eau
dans la perspective d'un développement durable":
Ce programme se décline en 4 principes :
- l'eau douce ressource fragile et non renouvelable
est indispensable à la vie, au développement et à
l'environnement ;
- la gestion et la mise en valeur des ressources en eau
doivent associer usagers, planificateurs et décideurs
à tous les échelons ;
- les femmes jouent un rôle essentiel dans
l'approvisionnement, la gestion et la préservation de l'eau
;
- l'eau, utilisée a de multiples fonctions
(voir encadré : Des utilisations et usages de l'eau),
a une valeur économique et devrait donc être reconnue
comme bien économique.
Evaluer les
ressources
Après une décennie de discussions internationales,
il y a désormais une coordination entre les Agences de l'ONU
concernées par l'eau. Avec le soutien de la Conférence
ministérielle de La Haye en mars 2000, l'ONU a chargé
le Sous-Comité de coordination des Nations Unies
sur les ressources en eau (SCWR/CAC), de mener un processus
continu d'évaluation des ressources en eau : "le programme
mondial pour l'évaluation des ressources en eau" (WWAP,
World Water Assessment Programme).
Au cours de sa session d'octobre-novembre 1997,
la Conférence générale de l'UNESCO a approuvé
la création du « World Commission on the Ethics of
Scientific Knowledge and Technology » (COMEST). Cette commission
est chargée d'évaluer les effets du développement
rapide des connaissances scientifiques et technologiques sur les
sociétés.
|
|
| |
| Des
utilisations et usages de l'eau |
Les
utilisations de l'eau se définissent par rapport à des
objectifs sociaux et économiques ; elles se classent en secteurs
d'utilisations : domestiques, municipal, agricole, industriel…
Utiliser de l'eau c'est s'en servir à différentes fins,
en en faisant différents usages soit comme
bien de consommation, soit comme facteur de production.
Usages domestiques, nourrir, laver, refroidir ou
chauffer, santé…
Usages municipaux, arroser, évacuer les déchets…
Usages agricoles, abreuver, irriguer… Usages industriels, naviguer,
tourismes… Usages environnementaux, paysagers, équilibres
des écosystèmes. L'eau peut aussi être utilisée in situ pour
produire de l'énergie hydraulique, pour
naviguer, pour pêcher…
User de l'eau : c'est diminuer ses aptitudes à servir, tout
spécialement ses qualités : la charger de déchets,
de substances dissoutes ou de calories. Tout usage use l'eau et elle
ne peut resservir aux mêmes usages qu'après régénération
de son potentiel. Source
: L'eau en questions, Jean Margat et Jean-Robert Tiercelin. Editions
Romillat, 1998, 301 p. |
|
| |
|
| |

|
|
2.1
- Les symboliques de l'eau |
L'eau a toujours eu une
valeur mythique et a généré une symbolique
forte. Cette valeur a beaucoup évolué au cours des
siècles (les religions l'ont cultivée,
les croyances
païennes aussi), mais aujourd'hui, l'eau est toujours porteuse
de nombreux symboles.
L'eau "c'est la vie"
Elle crée la sève, apaise la
soif, porte nos corps, modèle l'horizon. On peut dire aussi
qu'elle irrigue notre vie intérieure.
Sources, rivières, lacs, estuaires, suintements superficiels
ou profonds tout comme nuages, pluie, neiges, givre, glaces, brumes
qui leur donnent naissance - composent au gré des saisons,
les paysages et les humeurs de nos latitudes.
Agriculteurs, industriels, commerçants, habitants des villes
et des campagnes, vivent avec l'eau des épousailles éternelles.
Il en est ainsi depuis les temps reculés de la cure bienfaisante
du Nil. Il en ira ainsi bien au-delà de la réponse
à l'interrogation moderne quant à l'existence de la
molécule d'eau sur la planète Mars.
L'eau symbole de la nature : l'eau
se combine aux autres éléments, elle éteint
le feu mais ce dernier la transforme en vapeur qui se disperse dans
l'air. Elle irrigue la terre et la rend féconde.
Mais l'eau est aussi très présente dans le "désir
de nature". Les publicitaires exploitent ce sentiment et ils
présentent l'eau comme un produit pur, filtré par
les roches, provenant des nuages, proches du ciel ou du paradis&
Cette eau symbole de la nature, de la liberté, est vendue
en bouteilles, enfermée dans un morceau de verre ou dans
quelques grammes de matière plastique et elle inspire confiance,
alors que l'eau du robinet n'inspire pas le même sentiment.
Mais peut-on aller jusqu'à dire que la vie de l'homme est
un long fleuve tranquille ?
L'eau au centre des mythes fondateurs
: l'ancien testament de la Bible dit qu'au "deuxième
jour de la création apparaît la distinction entre les
eaux supérieures (nuages) et les eaux inférieures
(océans)",(Genèse 2,6). Aux eaux remarquables
qui arrosent les jardins d'Eden (zone apparemment située
le long de l'Euphrate), peuvent se substituer les eaux destructrices
du Déluge. Paradoxalement porteur de valeurs positives, car
du Déluge, l'Homme sera sauvé et de lui naîtra,
par le fameux arc-en-ciel, l'alliance entre Dieu et l'Homme. L'eau
est aussi symbole de pureté, de la guérison, de la
renaissance.
L'eau symbole d'un « vivre ensemble
» : L'eau est peut-être le premier élément
d'apprentissage d'un destin commun pour l'humanité. Il est
vrai que lorsque l'eau ne manque pas, on la gère comme un
instrument de production. Dans les zones arides, l'eau devient un
principe organisateur de la société (les tours d'eau).
Souvenons nous que durant la nuit du 4 Août 1789, qui marque
l'abolition des droits féodaux, l'on supprime les privilèges,
sauf ceux qui concernent l'eau. Ces droits étaient alors
perçus comme une force économique du fait de l'existence
de nombreux artisanats, scieries, meuneries,&
Les fontaines de la Rome antique, mais aussi les thermes, comme
les robinets ou les fontaines des villages d'aujourd'hui, outre
le fait d'étancher la soif, jouent un rôle important
dans l'élaboration d'une culture civique. Espaces de dialogues
et de rencontres, elles créent un sentiment d'appartenance
et de responsabilité. L'eau peut devenir un outil puissant
de coopération, utile pour résoudre les conflits.
Société civile, culture civique et ingénierie
civile, coulent ainsi d'une même source.
L'eau objet de passions : Qu'elle
soit naturelle ou issue du robinet, l'eau du quotidien est un vaste
univers où interviennent réglementations, données
scientifiques et techniques. Cette eau du quotidien, qu'elle soit
objet de mépris, de savoirs et de rumeurs, de louanges ou
et de critiques, porte de nombreux paradoxes dont celui d'une attitude
d'indifférence pour un produit fourni à domicile.
Cette eau est disponible et arrive en permanence au robinet 24 heures
sur 24, et on exige d'elle beaucoup de qualités.
Mais la sûreté et la pérennité
de l'eau inquiètent de plus en plus les humains.
Seule ressource naturelle indispensable, avec l'air, à la
survie de l'homme, l'eau est un bien qui fait partie du "patrimoine
commun" de la société. C'est aussi un bien qui
pèse lourdement sur l'environnement et dont la disponibilité
peut générer des anxiétés.
En fait, ces craintes correspondent à des questions, contradictoires
ou non, que la société se pose et dont il faut relativiser
l'importance tout en essayant d'y apporter des éléments
de réponses.
- L'eau du robinet est-elle potable ? peut-on la
boire sans danger
Ce sont en fait des questions qui traduisent une crainte ancestrale
de la corruption de l'eau, indispensable à la survie, une
crainte de trop de traitements, de trop de pollution.
- L'eau est-elle pure ? Question qui peut contenir
des sens différents. S'agit-il d'une eau distillée
par le chimiste, est elle chargée d'éléments
bienfaisants ou au contraire d'éléments maléfiques
? S'agit-il d'une eau chargée de symboles de pureté
religieuse ?
- Pourquoi l'eau a-t-elle un prix alors que c'est
un don du ciel et un bien de la nature accessible à tous
? C'est un bien tellement précieux qu'il n'a pas de prix,
et imaginer de le payer dépasse l'entendement. L'eau n'a
pas de prix, mais elle semble toujours trop chère, même
si l'on sait (ou ne sait pas), que l'eau au robinet est un produit
transformé, assorti d'un service à domicile.
Disons que certaines valeurs ont été
oubliées. En fait, les anciens agriculteurs, mais aussi actuels,
de zones semi arides, savaient très bien que l'eau était
rare et donc « chère |
 |
2.2
– Panorama des ressources en eau
|
2.2.1 Le cycle
de l'eau
|
|
 |
|
A
longue échéance, l'humanité ne peut compter
que sur la quantité d'eau douce fournie par les précipitations
; elle seule est renouvelée. En outre, à moins d'être
très polluée, elle est beaucoup moins coûteuse
à traiter que l'eau de mer.
De toutes les planètes du système solaire, la terre
semble être la seule à être pourvue d'une hydrosphère.
L'eau de notre planète (environ 1 385 millions de km3)
est répartie dans cinq réservoirs interconnectés
: les océans, les glaces permanentes, les eaux douces terrestres
et la vapeur d'eau atmosphérique. Quant à l'eau contenue
dans les cellules vivantes, elle correspond à moins de 0,0001%
de l'ensemble. Ces cinq réservoirs d'eau de la planète
subissent des transferts incessants selon un cycle bien connu dont
la phase initiale est l'évaporation des eaux de surface des
océans et des continents. |
|
|
|
Chaque jour, plus de
1 000 milliards de tonnes d'eau passent dans l'atmosphère,
qu'elles quitteront un peu plus tard sous forme de précipitations.
Une partie de l'eau retombée subit à nouveau les phénomènes
d'évapotranspiration, après avoir, pour une part,
transité par les êtres vivants. Le reste est drainé
vers les océans. Les ressources en eau, dites renouvelables,
se répartissent elles-mêmes, en fonction de la perméabilité
du sol, en trois flux secondaires : le ruissellement, qui alimente
les rivières et les fleuves, le drainage par infiltration
superficielle qui recharge les nappes aquifères, et le drainage
souterrain profond qui fournit les nappes les plus profondes. Durant
ce cycle, la surface de l'océan fonctionne comme un immense
évaporateur à basse température qui remet l'eau
à la disposition de la biosphère.
Le cycle de l'eau comporte donc deux branches principales : une
branche atmosphérique (réservoir atmosphérique)
et une branche terrestre (les quatre autres réservoirs :
océans, glaces permanentes, eaux douces et l'eau biologique).
|
| |
|
Qu'est
ce qu'une nappe ?

Les roches qui constituent le sous-sol
présentent un ensemble de "vides" où l'eau
s'accumule. Ces "vides" sont tout petits, de la taille
du millimètre. Ce sont les espaces entre les grains de sable
ou de gravier pour les roches faites de sédiments, ou les
trous minuscules qui existent dans les roches de craie. Ce sont
aussi des fissures très fines dans les roches granitiques
provoquées par les mouvements de la croûte
terrestre.
Source: "L'eau",
Ghislain de Marsily. Dominos Flammarion, 1997. |
|
| |
| Le
renouvellement des ressources en eau |
| Le
constant retour du cycle de l'eau laisse à penser que l'eau
est une ressource renouvelable par excellence. Cependant à
l'échelle humaine, cette notion peut être illusoire
lorsque l'on sait que certains stocks sont constitués d'une
eau qui se déplace lentement et sur de grandes distances.
Si pour l'essentiel, les ressources sont renouvelables, dans certains
cas, elles constituent des réservoirs non renouvelables à
l'échelle humaine.
Parmi les réservoirs d'eau douce, il faut citer : les grands
lacs et les glaciers très localisés et les nappes
d'eau souterraine ou aquifères.
A ce sujet, il faut distinguer deux sortes d'aquifères
:
Les nappes libres
Elles sont surmontées de terrains perméables dont
l'air occupe les pores ou les fissures. Les niveaux d'eau souterraine
qu'elles contiennent peuvent varier librement en fonction de leur
débit. Elles sont à régénération
naturelle et sont sous forme de flux. Ce sont les
ressources renouvelables (cf tableau ci-après:Durée de renouvellement,
moyennes globales des réservoirs libres).
Les nappes captives
Elles sont recouvertes de terrains imperméables et l'eau
s'y trouve captive "sous-pression", ce sont des stocks
qui ne se reconstituent pas à l'échelle du pas de
temps humain, et c'est par rapport à leur
lenteur de renouvellement que ces ressources sont
dites non renouvelables (cf tableau
ci-après : Durée de renouvellement
de quelques nappes captives)
|
|
| |
| Flux annuels et temps de
renouvellement des sources |
 |
| |
Si l'on fait le bilan
des précipitations annuelles d'eau sur le globe terrestre,
réparties entre le continent, les mers et océans,
et ce qui est transformé en glace et neige, l'on arrive à
un chiffre d'environ 584 000 km3/an. Celui des évaporations
globales totalise 570 000 km3/an. Il faut cependant y ajouter les
stocks de glaces des glaciers qui par leur fonte, fournissent aux
cours d'eau une masse de 150 km3/an. Ceci confirme que la masse
d'eau douce réellement disponible annuellement (environ 14
000 km3, dont une grande partie est nécessaire pour entretenir
les écosystèmes naturels et les millions d'espèces
qui y vivent), pour les populations et autres organismes vivants
est véritablement infime.
D'autre part, si l'on peut estimer à environ 36 à
47 000 km3/an les eaux du sol, des cours d'eau et des lacs et marais
qui sont transférées vers les mers et océans,
il est plus difficile de connaître la masse d'eau qui alimente
les nappes aquifères et qui sont des réservoirs d'eau
directement disponibles pour l'homme.
|
 |
| 2.2.2 La situtation mondiale
|
a - La disponibilité de l'eau dans le monde est
inégale
|
| Schéma
1 : Distribution des stocks d'eau sur
la planète
INRA/Cemagref
Prospective "eau et milieux aquatiques"

La
distribution de l'eau sur la planète est très
inégale.
La plus grande partie est sous forme d'océans (96,5
%) et seulement une petite fraction (3,486 %) est sur terre.
Cette partie est présentée par l'eau souterraine
(1,70 %), les glaciers, glaces souterraines, neiges permanentes
(1,77 %).
Une infime partie (0,016 %) est pratiquement disponible pour
les populations et autres organismes. |
|
|
Le facteur climatique,
largement incontrôlable, en est partiellement la cause. Cependant,
il n'est pas le seul et d'autres indicateurs doivent être
pris en compte, tels que :
- les indicateurs climatiques et les paramètres hydrologiques
: les précipitations, l'évapotranspiration, l'alimentation
des nappes& ;
- les indicateurs économiques et démographiques :
l'accroissement démographique, le taux d'urbanisation, le
niveau de vie par habitant ;
- les indicateurs liés aux technologies et au management
comprenant : l'efficacité de la gestion des bassins versants,
des réservoirs de stockage, de l'évolution du cheptel&
;
- les indicateurs politiques incluant : la politique des prix, des
taxations, des allocations sectorielles d'eaux prioritaires.
b - Une utilisation prépondérante
: l'eau agricole
Le développement de la fourniture de l'eau est crucial pour
la production agricole et la survie des populations.
Aujourd'hui, environ 250 millions d'hectares de par le monde sont
irrigués ce qui est 5 fois plus qu'au début du XXe
siècle. En sachant qu'en fonction des pays et des systèmes
d'irrigation, l'évaporation de l'eau d'irrigation peut aller
jusqu'à 70%, il n'est pas étonnant que mondialement,
l'irrigation agricole soit le principal utilisateur d'eau. La consommation
d'eau pour l'irrigation était en 1995 de 1435 km3/an et les
prévisions pour 2025 sont de 1492 km3 /an.
Régionalement, sans irrigation, l'augmentation
des rendements agricoles, pour faire face à l'augmentation
des populations, n'aurait pas été possible. La demande
en eau des pays du sud méditerranéen provient à
plus de 80% de l'irrigation. Pour ne citer que l'Espagne et l'Italie
: en 1950 la surface irriguée en Espagne était de
1,5 Mha et en Italie d'environ 2,3 Mha. En 1990, elle est respectivement
de 3,5 Mha et d'environ 3,2 Mha.
Pays méditerranéens
|
 |
|
 |
Pour les pays du Sud
méditerranéen (Afrique du Nord essentiellement) dont
l'évaporation est importante, le secteur agricole consomme
79% des eaux disponibles contre 50% pour les pays du nord (Turquie,
Grèce, Italie, Espagne& ).
En matière d'agronomie, l'accessibilité
à l'innovation technique en irrigation ne suffit pas à
créer de fortes économies d'eau à l'hectare
irrigué.
Des prélèvements intensifs d'eau d'irrigation entraînent
la salinisation des nappes côtières (en communication
avec l'eau de mer) de façon irréversible et poussent
parfois à l'exploitation des nappes fossiles d'eau douce
qui ne communiquent pas avec l'eau de mer.
Il existe de moins en moins de vallées avec un cours d'eau
ayant un régime "naturel". Les infrastructures
de stockage et de régulation des eaux de surface se multiplient
et l'aménagement agro-hydraulique remonte vers l'amont. L'exemple
du fleuve jaune (Chine) est emblématique à cet égard.
Les secteurs autres que l'agriculture (domestique,
industrie, êtres vivants) utilisaient 363 km3/an en 1995 ;
les prévisions pour 2025 sont de 588 km3/an.
c - Une demande croissante
La migration rurale vers les milieux urbains, plus grands
consommateurs d'eau, est déterminante pour l'approvisionnement
en eau des différentes populations mondiales.
Dans son rapport "De l'eau pour la vie", le Président
de la Commission européenne, Romano Prodi écrit :
"L'eau c'est la vie et pourtant plus d'un milliard de personnes
n'ont pas accès à l'eau potable et plus de deux milliards
ne bénéficient d'aucune infrastructure sanitaire de
base".
La population mondiale comptait 1,5 milliard d'individus en 1900,
3 milliards en 1960 et 6 milliards en 2000. Les projections actuelles
prévoient 8 milliards de personnes en 2030-2040 et 10 milliards
en 2100.
Les pays qui d'ici à 2025 contribueront le plus à
l'augmentation de la population sont principalement situés
dans la zone intertropicale : Inde, Chine, et afrique sub-saharienne.
Malgré les mesures de contrôle des naissances, les
populations des contrées Sub-Sahariennes estimées
à 532 millions en 1995, devraient atteindre 1,1 milliard
d'habitants d'ici à 2025.
A l'échelle mondiale, et pour des raisons, entres autres,
climatiques et/ou d'échecs de sédentarisation des
populations rurales, la migration urbaine vers les villes compte
parmi les éléments les plus significatifs pour l'approvisionnement
en eau de ces populations.
Par ailleurs, la multiplication des mégalopoles dans les
PVD, c'est-à-dire les très grandes villes de plus
de 15 millions d'habitants, posera de vrais problèmes de
santé publique liés à l'eau et à la
pollution
|
| 2.2.3 La situation en Europe
|
a
- La moitié des pays européens disposent de faibles
ressources
Apparemment abondante à l'échelle de notre continent,
l'eau est cependant très inégalement distribuée.
Le Nord Ouest de la Norvège reçoit 3 000 mm d'eau/an,
alors que l'Europe de l'Est en reçoit 100 et le centre de
l'Espagne moins de 25 mm/an.
L'Europe est parcourue par de grands cours d'eau qui souvent sont
trans-frontaliers. Pour les pays approvisionnés par ce type
de ressource "importée", la politique de l'eau
pratiquée en amont est essentielle, tant sur le plan de la
quantité que sur celui de la qualité, et peut provoquer
des tensions là où la ressource est limitée. |
|
 |
| La disponibilité annuelle d'eau en
France par habitant est de 3 295 m3/an. Elle est jusqu'à
6 fois plus importante que dans beaucoup de pays du sud du bassin
méditerranéen. |
| Grille
des richesses et pauvretés en eau en m3/habitant/an
(Pluie - Evaporation + Entrée par les rivières)
|
| Abondance
>20 000 m3/hab/an |
Islande
Finlande
Suède
|
630
000
22 600
21 800 |
| Pays
très riches
> 10 000 m3/hab/an |
Irlande
Luxembourg
Autriche
|
14
000
12 500
12 000 |
| Pays
riches
> 5 000 m3/hab/an |
Pays-Bas
et Portugal
Grèce
|
6
100
5 900 |
| Situation
correcte
> 2 500 m3/hab/an |
France
Italie
Espagne
|
3
295
3 300
2 900 |
| Pays
pauvres
= < 2 000 m3/hab/an |
Royaume
-Uni
Allemagne
Belgique
|
2
200
2 000
1 900 |
| *
Portugal sans l'eau venant de l'Espagne = 3 600. Les Pays-Bas
sans le Rhin et la Meuse = 700
Source : B. Baraqué, 1996. Les politiques de l'eau
en Europe. Editions La Découverte, p.303. |
|
|
La moitié des
pays d'Europe (Europe de l'Ouest, Europe Centrale, de l'Est) et
les nouveaux Etats indépendants (Arménie, Azerbaïdjan,
Georgie, Moldavie, Fédération Russe, Ukraine) disposent
de faibles ressources en eau.
Les Pays-Bas ont une ressource très faible par habitant,
de l'ordre de 700 m3 par habitant et par an, compensée par
les importations en eau douce du Rhin.
La désalinisation représente pour Chypre 5% et pour
Malte 46% du total des ressources en eau douce.
b - Une demande concentrée dans
les zones périurbaines
Globalement, depuis le début du XXe siècle, la quantité
d'eau utilisée a été multipliée par
7.
Malgré une grande variabilité, les prélèvements
de beaucoup de pays européens ont globalement diminué
depuis 1980 et cette tendance est plus marquée pour les pays
de l'Est. Ceci peut être attribué aux changements de
régimes du fait de la construction de réservoirs et
à une gestion plus rationnelle de la demande en eau.
Outre la consommation agricole (80% de la ressource en Grèce,
70% de la ressource en Turquie, 65% pour l'Espagne), la plus grande
demande en eau est concentrée dans les zones à fortes
densités de populations et dans les grandes zones périurbaines.
Dans ces zones, la demande ordinaire ne peut pas être satisfaite
sans devoir "compléter" les ressources locales
par des mesures telles que les transferts, stockages, pompages dans
des nappes d'eau fossile (eau captive).
c - Des textes foisonnants mais pas toujours
cohérents
Les États Européens agissent principalement pour préserver
la qualité de la ressource en eau.
Les politiques sectorielles (agriculture, énergie, industrie,
transport,& ) - communautaires ou nationales - ne sont pas toujours
cohérentes avec la politique environnementale dans le domaine
de l'eau. Ainsi, loin de concourir au développement durable,
la PAC continue à soutenir, de façon systématique,
un développement de l'agriculture fondé sur une extension
des surfaces irriguées.
Contre la pollution, il est exceptionnel que des mesures radicales,
pouvant aller jusqu'à l'interdiction locale de cultures ou
d'élevages, soient mises en S uvre.
Toutefois, les États Européens ont pris conscience
de la nécessité d'instaurer une action concertée
aux plans régional et international pour limiter la pollution.
Dans ce domaine, les actions sont multilatérales, impliquant
les différentes institutions internationales (Programme des
Nations unies, Organisation pour la coopération et le développement
en Europe, Conseil de l'Europe), mais aussi bilatérales dans
le cadre de l'aide aux pays en développement et dans celui
de la lutte contre la pollution transfrontalière.
- Il faut citer en particulier la "Convention
on wetlands of international importance especially as waterfowl
habitat, Ramsar, 1971" (Ramsar Convention entrée
en vigueur le 21 Décembre 1975) , dans laquelle les nations
signataires s'accordent à identifier, désigner et
protéger au moins une zone humide d'importance internationale.
Ce traité recommande aussi l'utilisation judicieuse des zones
humides.
- Dans le cadre de la lutte contre la pollution chimique, la Communauté
Européenne a pris la décision de protéger le
Rhin contre les pollutions chimiques, Bonn, 1976 (Convention on
the protection of the Rhine against chemical pollution, 3 décembre
1976 Convention)
La mise en S uvre du dispositif réglementaire
européen sur l'état écologique (Directive cadre
sur l'eau adoptée par le Conseil et le Parlement le 29 juin
2000) des milieux aquatiques, devrait améliorer leur état
écologique à échéance de 15 à
20 ans.
Les conclusions du séminaire ministériel sur la politique
de l'eau de 1988 à Francfort, partant du constat que "l'eau
n'est pas un bien marchand comme les autres mais un patrimoine qu'il
faut protéger", soulignaient la nécessité
de mettre en place une législation communautaire sur la qualité
des eaux de surface dans la Communauté.
La Directive du Parlement Européen et du
Conseil du 23 Octobre 2000 , établit un cadre pour la "protection
des eaux intérieures de surface, des eaux de transition,
des eaux côtières et des eaux souterraines".
Elle a pour objet entre autres : "de prévenir les
dégradations, de préserver et améliorer l'état
des écosystèmes aquatiques, terrestres et des zones
humides qui en dépendent". Elle crée des "districts
hydrographiques" dont elle propose d'étudier les
incidences des activités anthropiques et l'impact économique
sur les usages de l'eau.
Certaines directives ont été abrogées
mais leurs dispositions intégrées à la Directive
cadre de 2000, telles que la Directive de 1975 concernant la qualité
des eaux superficielles destinées à la production
d'eau alimentaire et la Directive de 1978 relative à la qualité
des eaux piscicoles& L'enjeu de la Directive Cadre sur l'eau
est de mettre en place une « politique européenne »
de l'eau, qu'il s'agisse de gestion de grands fleuves transfrontaliers
(Rhin, Danube) ou d'harmonisation des normes et de la qualité
de la ressource. L'étalement prévu jusqu'en 2015 est
justifié par l'ampleur de la tâche à accompli.
|
 |
| 2.2.4 La situation en France |
a - Une ressource
en eau relativement abondante
Le potentiel mobilisable, sans affecter le capital, nommé
bilan inter-annuel , est estimé en moyenne à 190 milliards
de m3 par an. Il faut distinguer cependant les ressources de surface
(cours d'eau et lac) des nappes phréatiques (nappes profondes
ou alluviales).
La ressource phréatique.
Le BRGM a répertorié en France environ 450 aquifères
dont 200 aquifères régionaux de taille variée
(100 à 100 000 km2) à ressource exploitable : 25 nappes
captives et 175 nappes libres. Ces 200 aquifères stockent
2 000 milliards de m3 d'eau dont environ 100 milliards de m3 s'écoulent
annuellement vers les cours d'eau (renouvellement équivalent).
La ressource de surface
La longueur cumulée des cours d'eau français est de
525 000 km dont les trois-quarts représentent de très
petites antennes.
Le territoire compterait environ 26 300 plans d'eau permanents avec
une superficie supérieure à 1 ha, dont 400 seraient
supérieurs à 50 ha, et 200 dépasseraient les
100 ha, 540 étant créés par les grands barrages. |
|
2003, un été particulièrement chaud
et sec
Depuis le mois de février, le déficit
pluviométrique a été tel, que les préfets
de 65 départements du territoire français ont maintenu
jusqu'en octobre 2003 des arrêtés de restriction
d'usages.
Les débits des cours d'eau étaient généralement
très inférieurs à la moyenne et comparables
aux étiages de 1949 et 1976. Seuls ceux du Nord de la France
ont échappé à cette situation, soutenus par
les nappes qui avaient été bien rechargées
les années précédentes.
L'été 2003 a représenté un épisode
difficile pour les milieux aquatiques et la faune piscicole. En
effet, de nombreux affluents et de petits cours d'eau ont été
asséchés. Cette situation, aggravée par une
élévation inhabituelle de la température
de l'eau, accentua le déficit en oxygène de l'eau.
Il s'en est suivi une mortalité piscicole importante.
Les nappes phréatiques ont baissé plus que d'habitude
mais leurs niveaux semblaient se stabiliser du fait de la diminution
des prélèvements en fin d'été.
Au 1er octobre 2003, les sols étaient en général
beaucoup plus secs que d'habitude, du fait de la faible pluviométrie
des mois précédents et fortes chaleurs de l'été.
Source : Réseau national des données
sur l'eau
|
|
| |
| b - Les modes de gestion des services
de distribution d'eau et d'assainissement en France |
Les modes de gestion des services de l'eau en France
L'eau potable a été l'un des premiers motifs de
coopération intercommunale. En 1995, la France comptait
36 772 communes. Pour les plus petites d'entre elles, le cadre
communal est trop étroit pour régler les questions
de l'eau et plusieurs communes peuvent trouver un intérêt
à se grouper pour créer un service unique d'eau
et d'assainissement. Différentes formes de coopération
intercommunale sont prévues. La plus répandue est
le syndicat intercommunal qui peut être à objet unique
ou à vocation multiple, les communautés urbaines,
les communautés de villes et les communautés de
communes.
La distribution d'eau potable constitue
un service public communal.
Les communes ont le monopole, non de droit mais de fait, de la
distribution publique d'eau potable. Ce sont les communes qui
peuvent accorder les autorisations d'occupation du domaine public
indispensables à tout réseau de distribution d'eau
potable.
La distribution peut être exercée
directement par la commune ou le groupement de communes (intercommunalité),
en régie (gestion directe) ou par l'intermédiaire
d'un exploitant privé (gestion déléguée),
par le biais d'un contrat de concession ou d'affermage.
Trois types de délégations
sont pratiqués.
1 - La régie intéressée
: le régisseur n'a pas la propriété de l'installation.
Il est rémunéré par la collectivité
en fonction des résultats. Ce type de gestion, très
pratiqué en région parisienne, est très minoritaire
sur le plan national.
2 - Dans le cadre d'une concession. Le concessionnaire
assume les frais de construction et d'entretien des installations,
lesquelles reviennent à la collectivité en fin de
contrat. Il est responsable de la gestion du service dont il assume
les risques et il se rémunère directement auprès
des usagers.
3 - Dans le cadre de l'affermage. Le fermier
a la responsabilité de la gestion du service. Il est rémunéré
au moyen d'une redevance directement prélevée sur
les usagers, tandis que les coûts d'installation sont pris
en charge par la collectivité.
La plupart des communes délèguent
actuellement ces services (distribution d'eau potable et assainissement)
à des sociétés privées.
|
|
Aujourd'hui, 2 000 organismes intercommunaux regroupent environ
23 000 communes françaises pour la distribution de l'eau.
Cependant, plus de 13 000 communes gèrent l'eau de façon
individuelle.
|
|
 |
| Mode
de gestion |
Part
des communes en % |
Part
de la population en % |
| Service
de distribution d'eau |
|
|
| - régie |
48 |
21 |
| - délégation
de service public |
52 |
79 |
| dont
affermage |
88 |
|
| dont
concession, régie intéressée, gérance
ou autre |
12
|
|
| Service
de l'assainissement collectif * |
|
|
| - régie |
62 |
47 |
| - délégation
de service |
38 |
53 |
| dont
affermage |
85 |
|
| dont
concession, régie intéressée, gérance
autre |
15 |
|
*L'assainissement
collectif est assuré dans 58% des communes abritant 93% de
la population.
Source : Direction de l'eau, ministère de l'Aménagement
du Territoire et de l'Environnement. In : Les documents d'information
de l'Assemblée Nationale, n°3081. Mission d'évaluation
et de contrôle 2001. |
|
| |
Les régies concernent
le plus souvent de petites communes, tandis que la délégation
de service public est choisie par les plus grandes.
Parts des prestataires privés du
marché de la distribution d'eau et de l'assainissement en
2000 en France.
Selon leur connaissance du marché des grandes villes, des
villes moyennes et des communes rurales, trois grandes sociétés
françaises et leurs filiales, se partagent essentiellement
le marché de la distribution de l'eau en réseau et
de l'assainissement.
|
|
| |
| Société |
Groupe
|
Part
des abonnés |
Type
de collectivité concédante |
Nombre
de contrats |
| Générale
des eaux |
Véolia
(ex Vivendi Environnement, depuis mai 2003) |
51% |
Grandes
villes, en particulier en Ile de France |
4
800
|
| Lyonnaise
des eaux |
Suez |
24%
|
Communes
rurales, quelques villes importantes |
3
000 |
| Société
d'aménagement urbain et rural (SAUR) |
Bouygues
|
13% |
Communes
rurales, villes petites et moyennes |
7
000 |
| Filiales
communes |
Générale
et Lyonnaise (douze filiales)
Lyonnaise
et SAUR (2 filiales) |
10% |
Grandes
villes et agglomérations |
|
| Une
dizaine de sociétés indépendantes |
|
2%
|
Communes
rurales, petites villes |
|
| Source
: In: Les documents d'information de l'Assemblée Nationale
n° 3081. D'après le Conseil de la concurrence, avis n°00-A-12
du 31 mai 2000 sur le prix de l'eau en France et Stéphanie
Wormser, "La distribution de l'eau en France: une gestion originale",
La semaine juridique Entreprises et affaires, n° 17, 27 Avril
2000. |
|
c. Des bassins hydrographiques à l'eau "patrimoine".
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la législation
n'est plus adaptée aux besoins. L'urbanisation est croissante,
elle progresse rapidement et parallèlement la production agricole
s'intensifie. |
La Loi du 16
décembre 1964 organise la gestion de l'eau autour de
bassins hydrographiques.
L'idée générale de la loi de 1964 est d'assurer
une meilleure répartition des eaux, et de lutter contre la
pollution. Elle instaure le principe du pollueur-payeur et crée
pour organiser la gestion de l'eau, six grands bassins hydrographiques
(Bassin Artois-Picardie, Rhin-Meuse, Seine-Normandie, Loire-Bretagne,
Adour-Garonne, Rhône-Méditerranée-Corse), qui
correspondent à un découpage des zones naturelles
selon les lignes de partage des eaux. Ces bassins sont administrés
par des agences financières de bassin, qui deviendront en
1992, les "Agences de l'eau".
Le décret n° 89-3 du 3 janvier
1989 fixe les normes françaises de qualité de l'eau
destinée à la consommation humaine.
Il fixe aussi les conditions du contrôle de l'eau du robinet,
les normes de qualité des eaux brutes utilisées pour
la production d'eau potable, les autorisations de prélèvements,
les règles d'hygiène applicables aux installations
de distribution d'eau potable.
La Loi sur l'eau de 1992 rationalise et
transpose les Directives européennes.
La Loi de 1992 dit que l'eau, qu'elle soit domaniale ou non, est
une ressource unique. L'eau devient "patrimoine
commun de la nation", sa protection et sa mise
en valeur sont considérées comme "d'intérêt
général".
|
 |
|
 |
d - Des structures et des documents
Des structures pour mettre en oeuvre la Loi sur l'eau de 1992 et
appliquer la Directive Cadre du Parlement européen d'octobre
2000.
|
 |
|
Une nouvelle loi sur l'eau
... qui devrait permettre de mobiliser l'ensemble des acteurs pour
parvenir
à des objectifs partagés ?
Dans le cadre de la réforme de la politique
de l'eau, un projet de loi sur une "nouvelle loi sur l'eau"
a été déposée à l'Assemblée
Nationale le jeudi 9 avril 2003, qui transpose en droit français,
la directive 2000/60/CE du Parlement Européen et du Conseil
du 23 octobre 2000, établissant un cadre pour une politique
communautaire dans le domaine de l'eau
L'objet de la nouvelle directive est d'établir un cadre
global pour la protection des eaux continentales, souterraines
et côtières, en fixant les objectifs suivants :
parvenir au terme de 2015, au bon état
écologique des eaux (description d'un état des milieux
aquatiques à partir des habitats et des espèces
qui les composent),
réduire, voire supprimer à terme,
des rejets de substances dangereuses,
satisfaire les attentes des consommateurs par
une campagne de communication sur la définition du prix
de l'eau, l'utilisation des pesticides,
renforcer le principe du pollueur-payeur,
augmenter l'efficacité de l'action de
l'Etat et de ses établissements publics (contrôle
du Parlement), régime des redevances des Agences de l'eau,
renforcement des moyens de la police de l'eau).
L'essentiel de ces objectifs repose sur la modification
des schémas directeurs d'aménagement et de gestion
des eaux (les SDAGE), qui se verront entre autres, confier la
délimitation des "districts hydrographiques"
sur base des bassins créés par la loi de 1964
|
|
e - Informer les usagers et protéger les services publics
de l'eau
La loi Barnier du 2 février 1995 développe
l'information des consommateurs.
Elle institue, à la charge des communes, l'obligation de
mettre à disposition du public, un rapport annuel sur le
prix et la qualité du service public de l'eau potable et
de l'assainissement.
Les lois Sapin du 29 janvier 1993 et Mazeaud du 8 février
1995
Elles réglementent les rapports contractuels entre les communes
et les sociétés délégataires des services
publics de l'eau.
f - Les prélèvements d'eau
en France
Prélèvements sur les nappes souterraines
Environ 7 milliards de m3 sont puisés dans les nappes d'eau
souterraine (pour les nappes libres telles que celle d'Alsace les
volumes soutirés sont de 50%, de 100% pour la Plaine de Lyon,
et de 50 à 70% pour la nappe de Beauce), dont 50 % pour l'eau
potable couvrant :
- 65% des besoins domestiques ;
- 10% des besoins agricoles (irrigation) ;
- 25% des besoins industriels (exclus les prélèvements
des centrales nucléaires).
Les quantités totales réellement consommées,
c'est-à-dire des volumes non restituées aux ressources
après usages d'où ils ont été extraits,
peuvent être évaluées à 4 milliards de
m3
Les prélèvements totaux (eau douce
uniquement, souterraine + superficielle)
En 1999, les prélèvements totaux ont été
estimés à 32 milliards de m3 dont :
- 18% alimentent les réseaux de distribution d'eau potable
;
- 10% sont utilisés pour l'irrigation ;
- 12% par les industriels ;
- 60% pour le refroidissement des centrales thermoélectriques
(classiques ou nucléaires), dont une petite partie (5%) s'évapore
et le reste retourne au milieu proche du lieu de prélèvement.
La production d'eau destinée à la
consommation humaine est assurée par 26 680 unités
publiques de distribution (UDI), qui sont alimentées par
36 581 captages (captages privés exclus). Au niveau national,
95% des captages sont alimentés par des eaux souterraines
(puits, forages ou sources), et 5 % par des eaux superficielles.
g - La consommation d'eau potable en France
et son évolution
L'Organisation Mondiale de la Santé considère les
besoins individuels à environ 2 litres par jour pour un adulte
de 60 kg et à 1 litre par jour pour un enfant de 10 kg.
La consommation d'eaux embouteillées
Depuis la publication de l'ordonnance royale de 1823 (portant sur
la police des eaux minérales), plus de 1600 sources ont fait
l'objet d'une autorisation ministérielle. Actuellement en
France, 700 sources exploitées industriellement alimentent
90 stations thermales et 50 sites d'embouteillage.
Pour des raisons diverses, (tenant au goût de l'eau du robinet,
à la défiance vis-à-vis de sa qualité,
augmentation du coût de l'eau au robinet& ), mais aussi
à la mode, aux effets d'un marketing subtil mettant en avant
le côté naturel du produit et d'une publicité
performante, les Français plébiscitent l'eau en bouteille.
La consommation d'eau en bouteille par habitant a doublé
en vingt ans, atteignant aujourd'hui 130 litres par an et par habitant.
Evolution de la consommation d'eaux de
source par habitant en France
entre 1992 et 2000 -
|
| |
|
L'augmentation du niveau de
vie consécutif aux années "d'après guerre"
favorisait plutôt l'usage de l'eau du robinet. L'économie
progressant (les "30 Glorieuses") et avec elle le niveau
de vie, le prix de l'eau de "boisson" en bouteille, n'était
pas un obstacle et on assiste alors à une augmentation de la
consommation d'eau en bouteille.
En France, la consommation d'eaux de source était de 27 litres
par personne en 1992, elle est passée à 41 litres en
2000, soit une augmentation de 51% en 8 ans. |
 |
|
Depuis les années 1980, on constate une augmentation constante
et prononcée de la consommation d'eaux de sources. L'on
pourrait être tenté d'expliquer cela entre autres,
par l'augmentation du prix de l'eau en réseau durant les
années 1990 et par l'intérêt porté
par les industries agroalimentaires à la vente d'eau en
bouteille. Parallèlement, durant ces années, les
grands magasins se sont multipliés sur toute la surface
du territoire. Par leur intermédiaire, ainsi que par celle
de la publicité faite autour des grandes marques d'eau
, l'acte d'achat du consommateur fut probablement influencé.
De plus, l'emploi des chariots en supermarchés, qui a permis
le conditionnement des produits liquides en unités de ventes
plus importantes (multiples de deux), a contribué à
l'expansion du commerce de l'eau en bouteille.
Evolution de la production d'eaux de source en France
de 1975 à 2000
En 1975, la France produisait environ 468 millions de litres
d'eau de sources par an et plus de 2 520 millions en 2000.
|
 |
| |
 |
| 3. Histoire
de l'eau en France |
|
|
Les romains,
à l'origine d'un droit de l'eau
Les romains ont laissé des cadres "réglementaires"
qui constituent la base du système juridique français
sur l'eau.
C'est au titre des choses (res) qu'ils distinguent l'eau courante
et la mer (mais aussi l'air) parmi les res communis, choses communes,
qui ne peuvent être la propriété exclusive de
personne, des fleuves rangés parmi les res publica, choses
publiques hors du commerce, mises à la disposition de tous.
Seuls les grands fleuves pérennes étaient comptés
parmi les choses publiques, pouvant servir à la navigation.
Par contre, les petites rivières, les torrents et les simples
ruisseaux appartenaient aux riverains. Pour le reste, ils géraient
le droit de l'eau en fonction des situations de fait. Ils considéraient
par exemple que le maître du fonds disposant de l'eau de pluie
et de l'eau de source, peut aménager un étang. Les
relations de voisinage et le droit de riveraineté, étaient
régulés par les servitudes rurales, accordant le droit
de passage à la servitude de puisage, d'aqueduc ou d'abreuvage.
Par la suite, les romains ont mis en place l'obligation de recevoir
l'eau d'un fonds supérieur, aquae recipiendae, pour la servitude
d'égout et d'écoulement des eaux de pluie.
La période féodale : coutumes
et aménagement des cours d'eau
A la chute de l'Empire romain au VIe siècle et jusqu'au XIIe
siècle, la France était devenue le refuge des Francs
et des Burgondes. Durant tout ce temps, l'étude du droit
romain n'a jamais cessé. Toutefois, il semblerait que le
droit fut largement dépassé par les coutumes et traditions
germaniques concurrentes.
Le régime féodal typique de cette période,
se caractérise par la confusion de la souveraineté
et de la propriété. Le seigneur exerce sur les terres
et sur les hommes un pouvoir de contrôle et de juridiction.
Il exerce la police et rend la justice. Il va faire rentrer les
rivières sous son autorité et il accorde le droit
de lever des taxes de transit à travers ses terres et leurs
eaux.
Dès le XIIe siècle, la plupart des
cours d'eau sont aménagés, ce qui n'empêche
pas dans la première moitié du XIXe siècle,
avec l'abolition de la banalité (obligation pour les gens
d'une seigneurie de se servir du moulin banal, moyennant redevance),
de voir s'ériger de nombreux moulins, provoquant une multitude
de discordes entre usiniers. A la suite de cette prolifération
de moulins, des réglementations sévères ont
définitivement vu le jour. Dès lors, sous la garde
de l'autorité préfectorale, l'aménagement des
chutes d'eau et le mode d'écoulement des eaux sont soumis
à des réglementations sévères.
|
Du
moulin à eau
L'énergie hydraulique
au service du moulin à eau |
D'après
le dictionnaire Robert, le mot "moulin" provient
du bas latin molinum, dérivé de mola, "meule",
dont la première utilisation fut
d'écraser, de broyer ou de moudre
des grains pour l'alimentation humaine.
Les premiers instruments furent des broyeurs utilisés
dès l'apparition de la culture des céréales, à l'époque
néolithique. Cependant, l'outil existait dès le
néolitihique supérieur, 35 000 ans avant notre ère,
mais il était destiné à préparer
des colorants, comme l'ocre rouge, symbole de vie éternelle
ou de résurrection. Le moulin à eau fut la première
machine mue par une énergie naturelle. Il est resté plus
de mille huit cents ans la seule machine utilisée pour
tous les besoins industriels.
De nombreux auteurs s'accordent à dire que le moulin à eau
aurait fait son apparition au Ier siècle avant notre ère,
au Proche-Orient. Les moulins sont cependant attestés
en Chine à la même époque.
Leur diffusion se fera lentement, sans remplacer les moulins
actionnés par l'homme ou l'animal. On les trouve dans
les sites urbanisés, et sont assez nombreux en Italie,
aux IVe et Ve siècles, pour que
la loi s'en empare. Sous Dioclétien (284-305), la mola
aquaria est taxée au plus cher, suivie de la mola
caballaria cum lapidibus, et enfin la mola manualis.
De véritables complexes fariniers sont édifiés
comme celui de Barbegal, près d'Arles, daté du
II-IIIe siècle.
Les invasions barbares du Ve siècle, ne feront
pas disparaître les moulins, au contraire, ils se répandent
de plus en plus dans les campagnes.
L'expansion du moulin à eau dans le haut Moyen Age tient à la
présence d'un réseau de fleuves et de rivières à débits
réguliers et, à partir du Xe siècle, à une
poussée démographique très forte. De plus,
les propriétés ecclésiastiques pendant le
Moyen Age, préféraient utiliser la main d'œuvre,
qui comprend encore beaucoup d'esclaves, pour le fonctionnement
des moulins à eau afin d'assurer les besoins de farine.
Au cours des siècles suivants, pratiquement tout le réseau
hydraulique est aménagé pour recevoir des roues.
Pour preuve, des statistiques établies en 1809 à la
demande du ministère de l'Intérieur donne des indications
sur le nombre et le type de moulins. A cette date, 82 300 moulins à eau
sont en activité sur le réseau fluvial du pays. |
|
| |
 |
Durant la période
entre le début du 1er siècle et le début du
XIXe, le concept de la distinction entre eaux publiques et eaux
privées fut réintroduit sur la base du droit romain
mais aussi du droit médiéval. Les Glossateurs classaient
tous les cours d'eau navigables et leurs affluents dans la catégorie
des eaux publiques . Les Post-glossateurs y ajoutèrent les
cours d'eau pérennes, navigables ou non. Les autres cours
d'eau étaient considérés comme privés.
L'eau échappe à la Révolution
A la Révolution, l'idée directrice était de
faire entrer sous la souveraineté nationale tout ce qui autrefois
était de la souveraineté monarchique et, en supprimant
le régime féodal, rendre libre la terre des tenanciers.
Pour le droit de l'eau, la réforme était plus compliquée
et elle fut donc moins radicale.
En réalité, la Révolution française
en matière d'eau ne révolutionne pas grand chose,
car la nuit du 4 août 1789, qui marque l'abolition des droits
antérieurement établis, supprime les privilèges,
sauf ceux acquis dans le domaine de l'eau.
Certains historiens prétendent que la révolution industrielle
française du XIXe siècle, grande utilisatrice d'énergie
hydraulique, s'est faite grâce au maintien de ces droits (développement
des PME, scieries, moulins& ).
Le Code civil de Napoléon (1804)
révolutionne le droit de l'eau mais maintient les coutumes
régionales, dans la mesure où elles servaient de référence
à l'entretien des cours d'eau.
Il va reconnaître tous les droits préexistants dans
la limite des lois et règlements , ce qui limite les droits
des propriétaires privés au profit de l'Etat.
Depuis, le code civil a prévalu, et c'est à l'occasion
de la loi de 1898 sur les ouvrages "Nul ne peut créer
un ouvrage sur une rivière& , susceptible de modifier
le débit, le régime ou le mode d' écoulement
des eaux, sans une autorisation", que les droits privés
ont connu un début de réglementation.
Sous le Second Empire les différents éléments
qui constituent l'ossature du service public de l'eau en France,
se mettent en place. Le Baron Haussman et l'ingénieur Belgrand
modernisent les réseaux d'eau de Paris. A cette époque,
naît l'industrie française de l'eau et différentes
sociétés privées sont créées
pour développer la distribution de l'eau : la Compagnie Générale
des Eaux en 1853, la Société Lyonnaise des Eaux et
de l'Eclairage en 1880. A Paris, et après Haussman, le système
de distribution d'eau est très largement déficitaire
: les propriétaires font pression pour éviter de se
raccorder au réseau. Il faudra la mise en place du Code de
l'Urbanisme et surtout la création des « permis de
construire » vers 1900, pour contraindre les propriétaires
à se raccorder au réseau. Le processus fut le même
pour le branchement du « tout à l'égout ».
Les prémices de la distribution
de l'eau
Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, l'on
voit apparaître les premières sociétés
de distribution d'eau et les adductions d'eau se développent.
En 1930, 23% des communes de France disposent d'eau courante à
domicile ; les 100% ne seront seulement atteints qu'en 1980.
Le Traitement de l'eau par filtration se développe
à partir du XVIIe siècle, la désinfection chimique
date du début du XXe (ozone, chlore), et le traitement biologique,
pour lutter contre les pollutions (nitrates, métaux lourds,
hydrocarbures...), à partir de 1970-1980. Actuellement les
réacteurs biologiques à membrane permettent d'améliorer
encore le traitement des eaux.
L'apparition de préoccupations environnementales
Au début du XXe siècle se développe une "prise
de conscience du risque", face à la Pollution liée
au développement rapide de l'industrialisation et de l'urbanisation
(le DDT date de 1938 et fut considéré comme un produit
miraculeux, il fallut du temps pour se rendre compte de ses effets
indésirables).
C'est à partir des années 1960 que les préoccupations
environnementales sont apparues.
L'Association Eau et Rivières de Bretagne est née
en 1969. Tout d'abord pour la protection du saumon, puis pour aborder
les problèmes plus large de gestion et protection de l'eau
(pollution, érosion, paysages, zones humides...).
|
|
| |
 |
 |
La
Seine à travers l'histoire
Depuis un millénaire avant J-C, le rôle
de la Seine est reconnu comme un lien nécessaire entre les
régions de l'Est et le littoral de la Manche. La prééminence
de cette voie d'eau sur la voie de terre, malaisée et incertaine,
s'est encore affirmée sous la domination romaine.
Au cours des Ierer et IIe siècles après
J-C, la ville de Paris se construit progressivement, tandis que
les activités économiques et commerciales se développent.
Le rôle de la Seine s'accroît et la prépondérance
de la corporation des "nautes", qui assure l'entretien
permanent de la rivière et des ports devient incontestable
et cela se poursuit jusqu'au haut Moyen Age.
|
A partir
du bas Moyen Age, plus spécialement sous l'impulsion des
communautés religieuses et des seigneurs, les zones humides
dans le bassin sont drainées. Il en résulte la création
de nombreux étangs où se développent des piscicultures
extensives. Cela modifie le mode de fonctionnement hydrologique
et écologique des cours d'eau, mais également la flore
et la faune.
Jusqu'au XIIIe siècle, l'utilisation de la force hydraulique
se développe et de nombreux moulins équipés
de barrages à pertuis afin de réguler les apports
d'eau, sont implantés.
En 1290, plus de 120 moulins tournent sur la Seine pour approvisionner
Paris en pain, et plus de 6 000 s'égrènent le long
des rivières d'Ile-de-France. Ces moulins constituent une
gêne permanente pour la navigation et leurs barrages nuisent
à la faune piscicole.
A la Renaissance, le flottage du bois nécessaire
au chauffage domestique et à l'urbanisation, ravage les forêts,
mais constitue la raison essentielle de l'aménagement du
fleuve et de ses rivières.
Pour permettre l'arrivée des marchandises, les premiers canaux
et écluses sont construits (transformation de l'Ourcq en
canal de Silly-la-Poterie en sa confluence avec la Marne, et de
son écluse imaginée semblerait-il par Léonard
de Vinci).
La construction de réseaux de canaux (Briare, Orléans,
Loing,& ) et la conduite de grands travaux hydrauliques rendaient
possible la valorisation de nouvelles terres agricoles, par l'assèchement
de la plaine alluviale et par la réalisation d'aménagements,
pour éviter les inondations.
Avec l'Etat Napoléonien, le fleuve fut maîtrisé,
les rivières sont fonctionnalisées et on assiste à
la mise en valeur du lit majeur. Les durées d'inondation
et la productivité fourragère ont donné lieu
à la mise en place de classes fiscales de prairies.
Au cours du XIXe siècle, débute la
phase de modernisation des voies navigables, c'est-à-dire
l'intervention directe sur les axes fluviaux par la chenalisation
et la construction de grands barrages-écluses, pour permettre
la navigation en toutes saisons sur l'ensemble des réseaux.
A partir de 1830, les barrages à pertuis sont remplacés
par des systèmes de barrages mobiles éclusés,
et la Seine est progressivement "domestiquée".
|
 |
| 4. Les
recherches sur l'eau |
|
4.1 Les acteurs mondiaux
|
Au niveau international différents acteurs
institutionnels interviennent en matière de politique de
recherche sur l'eau.
L'ONU particulièrement à travers le PNUE (Programme
des Nations Unies pour l'environnement), acteur principal en matière
d'environnement et d'eau. Les agences spécialisées
des Nations Unies notamment l'OMS et l'UNESCO mènent également
des actions.
Les 2 principaux programmes mis en S uvre par l'UNESCO
:
- le programme sur l'homme et la biosphère (MAB),
- le programme hydrologique international (IHP).
Au niveau européen, le Conseil de l'Europe
intervient dans la défense de l'environnement et notamment
des milieux naturels, dont l'eau. L'Union européenne par
l'intermédiaire de ses organes (Conseil, Commission, Parlement,
Agence européenne de l'environnement,& ), s'intéresse
à la thématique de l'eau, notamment sous l'angle de
la qualité. La DG Environnement est chargée du suivi
de la politique de l'eau& |
| 4.2 - La
recherche publique sur l'eau en France
|
Les organismes de recherche français impliqués
dans l'eau
Six grands secteurs d'activité sont identifiables :
|
|
| Grands
secteurs d'activité |
Contenu |
Acteurs
essentiels concernés |
| Les
ressources en eau |
Climatologie
et l'étude du cycle de l'eau (pluie, évaporation, infiltration,
recharges des nappes souterraines). |
Météo
France,
CNES (Centre National d'Etudes spatiales),
CNRS (Centre National de Recherches Scientifique - Département
des Sciences de l'Univers),
BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières). |
| L'eau
et l'Agriculture |
Le défi
majeur est l'élaboration de techniques culturales s'inscrivant
dans le cadre d'un développement durable : préservation
de la ressource (eau et sol), limitation des pollutions diffuses,
gestion des conflits d'usage. |
INRA
(Institut National de Recherche Agronomique),
CEMAGREF (Centre d'étude du machinisme agricole, du génie
rural, des eaux et forêts)
CIRAD (Centre International de Recherche en Agriculture et Développement),
IRD - ex ORSTOM (Institut de Recherche pour le Développement). |
| Les
estuaires et les zones côtières |
Interface
fragile, fortement dépendante des apports (notamment en contaminants)
par les fleuves et les eaux de ruissellement et soumise à une
forte pression anthropique |
IFREMER
(Institut français de recherche et d'exploitation des mers),
CEMAGREF et le CNRS. |
| La
biodiversité aquatique |
Gestion
des ressources vivantes aquatiques, introduction de nouvelles espèces
et protection de ce patrimoine. |
CNRS
(Département des Sciences de la Vie), CEMAGREF et INRA |
| L'eau
et la santé |
Epidémiologie
des micropolluants, établissement de normes de potabilité,
caractérisation des vecteurs de maladies, notamment en zone
tropicale, les conséquences écotoxicologiques sur les
milieux. |
INSERM
(Institut National scientifique d'études et recherches médicales),
INERIS (Institut National de l'Environnement et des Risques),
IRD et le CNRS (Département des Sciences de la Vie). |
| L'eau
et la ville |
L'alimentation
et l'eau potable (incluant le traitement pour la potabilité),
la valeur économique de l'eau, l'évacuation et l'épuration
des eaux usées, le devenir des eaux pluviales, les risques
d'inondations urbaines. |
En dehors
des grands groupes industriels, les acteurs publics essentiels sont
: CNRS (Département des Sciences Chimiques - Département
des Sciences pour l'Ingénieur - Département des Sciences
de l'Homme et de la Société), LCPC (Laboratoire Central
des Ponts et Chaussées), et le CEMAGREF. |
| Les
pratiques de gestion des ressources en eau et
l'élaboration des normes |
Les
pratiques des acteurs, les dispositifs de résolution de conflits,
les outils d'aide à la décision, l'élaboration
des normes. |
CNRS
(Département des Sciences de l'Homme et de la Société,
CEMAGREF, INRA. |
|
|
Quelques programmes
de recherche :
- CORMORAN (Caractérisation d'observation et de
modélisation des transferts en milieu agricole intensif) 1990.
- AGROTECH
- AGREV (Agriculture-Environnement Vittel, ou la maîtrise par un
système agraire de la qualité des ressources qu'il crée)
|
 |
4.3 -
La recherche agronomique et l'eau
|
L'agriculture est la principale activité consommatrice
d'eau au niveau mondial. De plus, elle est une vraie consommatrice
d'eau du fait que l'eau est absorbée par les plantes puis "évaporée",
alors que les autres activités la restituent en grande partie en
modifiant ses propriétés physiques et chimiques.
Pour de nombreuses régions, l'irrigation a été un facteur essentiel
d'augmentation de la production agricole et donc de progrès pour
de nombreuses régions. Cependant ce succès connaît des revers :
- le gaspillage de l'eau dans le cadre d'une gestion mal maîtrisée
de l'eau,
- le changement de l'usage de la terre et la modification de l'environnement,
- la pollution des périmètres irrigués par l'apparition de la salinité.
Depuis l'après guerre (1945), le développement de la culture intensive,
exigeante en intrants, est devenue une des causes principales de
la dégradation de la qualité des eaux de surface comme celle des
nappes
Compte tenu de ces enjeux, les apports de la recherche agronomique
peuvent être d'ordres différents :
- utiliser l'irrigation de façon plus efficace : faut-il apporter
de l'eau ? si oui, à quel moment et comment ?
- adapter la production aux contraintes en eau : comprendre la réaction
des végétaux au stress hydrique et salin, mettre au point des techniques
culturales adaptées à la sécheresse,&
- améliorer la gestion des ressources et la prise en compte de la
valeur économique de l'eau : coût de la ressource,
- préserver la qualité de l'eau par une utilisation raisonnée des
pesticides : étude des processus de dégradation des matières polluantes
dans les sols,
- dans l'hypothèse d'un changement climatique, prévoir le comportement
hydrique des cultures,
- réhabiliter les milieux naturels et préserver la faune sauvage,
- construire des dispositifs de gestion préventive des ressources
en eau,
- établir l'intérêt économique de mode de gestion de ressources
en eau. |
4.4 - Les recherches sur l'eau à l'INRA
|
Une prise
en compte ancienne mais récemment développée
Eau et agriculture, ce concept préoccupe l'INRA
depuis longtemps, comme le relate C. Riou dans l'introduction de
"Le thème de l'eau dans les recherches de l'INRA", en 1995. En 1964,
J. Bustarret (directeur de l'INRA) préfaçait un ouvrage intitulé
"l'eau et la production végétale ; en 1967 paraît un n° spécial
du Bulletin technique d'information intitulé "La pollution des eaux
et l'agriculture" avec plusieurs contributions de chercheurs INRA.
En 1974 les Annales agronomiques consacre un n° spécial à la pollution.
En 1979 paraît "L'eau, l'INRA et la production agricole" dans lequel
J. Poly insiste, dans sa préface, sur les limites de la ressource
en eau et évoque la pollution. L'étude de l'eau comme vecteur de
pollution est affichée prioritairement avec le programme Agrotech
et amplifiée en 1992 par la création d'un comité scientifique "Eau"
à l'initiative de J. Mamy et par l' AIP "Valorisation et protection
des ressources en eau" (1992-1994).
La prise en compte du thème "Eau" au sein de l'INRA
a évolué en fonction des besoins des recherches en cours et des
éléments extérieurs qui influençaient l'évolution des milieux naturels,
des productions...
Les étapes ont été :
1) - L'eau comme intrant.
La mobilisation de l'eau par les plantes et les conditions de son
utilisation (entrée agronomique au sens strict).
2) Le cycle de l'eau dans le système sol-plante-atmosphère.
L'INRA s'est intéressé ensuite à la ressource dans sa dimension
« cycle » et « système », à l'échelle de cultures. Pour exemple
le travail sur l'évapotranspiration.
3) Le cycle de l'eau à moyenne échelle, celle du bassin versant.
A cette échelle, la notion de «ressource» devient vraiment pertinente.
L'INRA s'est aussi intéressé aux écoulements ainsi qu'aux nappes.
La dimension « qualité » et pollution de l'eau apparaît à ce niveau,
mais aussi le travail sur l'écologie des milieux aquatiques, les
travaux sur l'érosion et le transport de matière (phosphore et eutrophisation).
4) Le cycle de l'eau à grande échelle.
On retrouve ici les enjeux «effet de serre» et toutes les recherches
en bioclimatologie sur le climat, le couvert végétal, les modèles
de précipitations.
Des approches pluridisciplinaires
Ces recherches mobilisent au sein de l'INRA, des approches pluridisciplinaires
associant bioclimatologie, biologie, physiologie, génétique, hydrobiologie,
agronomie, sciences du sol, économie et sciences sociales. Elles
concernent environ 300 chercheurs et couvrent trois champs d'actions
:
- mieux valoriser les ressources en eau ;
- maîtriser les impacts de l'activité agricole ;
- l'eau et les milieux naturels.
Ces trois champs ne constituent pas l'unique domaine d'activité
de la recherche agronomique autour de la problématique de l'eau.
Ils apparaissent le plus souvent lorsque le dialogue s'instaure
entre les chercheurs et les décideurs concernés par le problème
de l'eau.
Les départements les plus concernés par les recherches sur l'eau
à l'INRA, sont :
- Environnement et agronomie (EA) ;
- Ecologie des forêts, prairies et milieux aquatiques (EFPA) ;
- Sciences sociales, agriculture et alimentation, espace et environnement
(SAE2) ;
- Caractérisation et élaboration des produits issus de l'agriculture
(CEPIA).
Egalement impliqués le département, Santé des plantes et environnement
(SPE).

Quelques thèmes de recherche sur l'eau
|
|
Mieux
valoriser
les ressources en eau |
Maîtriser
les impacts
de l'activité agricole |
L'eau
des milieux naturels |
L'influence du stress hydrique et sa localisation au cours du cycle
végétatif sur le rendement des cultures. La
mise au point des variétés adaptées à
la sécheresse quantitative et qualitative.
L'adaptation des systèmes et techniques de production aux
ressources hydriques disponibles.
Le
développement d'outils d'aide à la décision
pour le pilotage de
L'utilisation
des techniques plus économes pour acheminer l'eau, puis pour
la distribuer à l'échelle de la parcelle. |
Une meilleure connaissance du transfert des polluants agricoles
(nitrates, pesticides) dans les différents compartiments
du bassin versant, leur cycle, leur toxicité et les conséquences
sur les systèmes biologiques et la capacité d'auto-épuration
du milieu.
Le
rejet dans l'air des polluants agricoles (métrologie, importance
de la distribution spatiale et conséquences sur l'environnement).
La maîtrise
de l'alimentation minérale et animale afin de diminuer les
rejets dans le milieu. La
gestion raisonnée des produits phytosanitaires.
La
mise en place de variétés rustiques nécessitant
moins de traitements phytosanitaires.
Les
conséquences des pratiques agricoles actuelles (cultures
intensives, monocultures, modalités d'apport des intrants)
sur la dégradation du milieu.
L'examen
du bien-fondé de certaines pratiques agricoles destinées
à limiter le rejet des polluants.
|
Le rôle potentiel des milieux naturels (zone humide, forêt
alluviale) dans la réduction de la pollution d'origine agricole.
Le
rôle et les conséquences des aménagements de
l'espace rural (remembrement, drainage des marais,…) sur la
dégradation du milieu.
Les
conséquences de la dégradation de la qualité
de l'eau sur la population des milieux aquatiques.
Les
conséquences des changements climatiques sur le fonctionnement
des écosystèmes cultivés.
Les
bio-indicateurs de la qualité de l'eau.
|
|
4.5 - Des dispositifs spécifiques de recherche : zones ateliers
et ORE
|
| Les zones ateliers
De nombreuses Zones Ateliers étudient les
relations entre sociétés humaines et ressources en
eau : Seine (PIREN - Seine), Adour, Moselle,& Antarctique (glaciologie,&
). Les zones ateliers sont des Plateformes Interdisciplinaires de
Recherche sur les Anthroposystèmes.
Aboutissement d'un processus initié il y
a plus de 20 ans par le CNRS à travers ses PIREN (Programme
Interdisciplinaire de Recherche en Environnement), les Zones Ateliers
forment aujourd'hui un vaste réseau inter-organismes de recherches
interdisciplinaires coordonnées et organisées territorialement
en liaison étroite avec les questionnaires émanant
du monde gestionnaire, associatif et politique au niveau régional.
Elles sont intégrées dans un réseau de structures
analogues au niveau européen et international (ILTER).
Les Zones Ateliers sont portées par l'ensemble
des EPST travaillant sur l'environnement (CNRS, INRA, Cemagref,
IRD, Universités, BRGM, EPHE, Grandes Ecoles,& ). Elles
ont prouvé qu'elles représentent des structures souples
et efficaces de mise en synergie de moyens humains et matériels
au niveau régional, qu'elles assurent une mutualisation efficace
des idées, tant dans la sphère de la recherche et
du débat public, que dans celle de l'enseignement (Les Zones
Ateliers offrent le cadre d'une cinquantaine de thèses par
an).
Quatorze Zones Ateliers ont été labellisées
par le PEVS. Leur « champ d'action » couvre la plus
grande partie du territoire national, mais comprend aussi des territoires
extra-nationaux, où la recherche française est active,
et qui offrent des situations comparatives intéressantes.
|
 |
A l'exception des Zones
Ateliers de l'arrière pays méditerranéen, du
front pionnier Amazonien, et des Savanes de l'Afrique de l'Ouest,
toutes les zones ateliers investissent prioritairement sur les relations
entre les anthroposystèmes et les ressources en eau.
Les ORE Eau
Elaborés dès 2001 et créés
en 2003, les Observatoires de Recherche en Environnement (ORE) permettent
d'élargir le dispositif d'observation à long terme
aux communautés de la surface et biosphère continentales
traitant des écosystèmes, des sols et des eaux. Leur
vocation est de fournir aux chercheurs des données scientifiques
de qualité nécessaires pour comprendre et modéliser
le fonctionnement des systèmes et leur dynamique à
long terme. Afin d'assurer leur développement et leur pérennité,
les ORE poursuivent une double démarche consistant à
s'organiser en réseau au niveau national puis européen
et à s'intégrer au plan local en étroite synergie
avec les universités et les organismes impliqués dans
la recherche en environnement (BRGM, CEMAGREF, CIRAD, CNES, CNRS,
IFREMER, IPEV, INRA, IRD, LCPC, METEO France). Ils peuvent ainsi
mettre à profit les services d'observation préexistants
au sein des Observatoires des Sciences de l'Univers.
|
 |
| 5.
Enjeux et débats.......... |
|
|
5.1 - Développement durable et enjeux économiques et
juridiques |
Fournir de l'eau potable
en quantité suffisante à 6 milliards de personnes,
réduire les atteintes à la qualité de l'eau
dans un monde de plus en plus urbanisé et industrialisé,
maîtriser les enjeux d'une agriculture irriguée destinée
à nourrir cette population sont des défis majeurs
pour tous les gouvernements de la planète.
Pour y répondre, les États ont engagé depuis
quelques années une vaste réflexion prospective, ponctuée
par diverses conférences internationales: sommet de la Haye
en 2000, de Kyoto en 2003. La France (qui présidait le G8
cette année à Évian) compte jouer une part
active dans ce processus de prise de conscience internationale.
Les enjeux thématiques en sont multiples :
- lutte contre la pauvreté,
- protection et gestion des ressources = conditions essentielles
du développement durable,
- gouvernance,
- lutte contre la corruption,
- instauration d'un climat favorable aux investissements,
- respect de la diversité culturelle,
- éthique,
- priorité à l'Afrique.
On voit que la question entretient des liens étroits avec
le dialogue Nord-Sud sur les enjeux du développement économique
et du développement durable, avec un accent fort mis sur
les questions de bonne gouvernance et de gestion à long terme
des ressources en eau.
Des infrastructures coûteuses à
mettre en place
On peut décliner la question de la marchandisation du secteur
de l'eau selon deux angles d'approche. Le premier part du constat
des besoins financiers considérables résultant de
la situation actuelle. On estime que les besoins en infrastructures
eau sont de l'ordre de 180 milliards de US $ par an d'ici 2015,
contre 80 milliards annuels actuellement engagés. Les besoins
AEP (alimentation en eau potable) et assainissement sont estimés
à 20 milliards US $ par an d'ici 2015, contre 10 actuellement,
couverts à 50 % par l'aide publique au développement
(APD). À défaut d'un accroissement très important
de l'aide des pays riches, il est clair que ces besoins ne seront
pas couverts. Il est alors logique de s'interroger sur une prise
en charge, par l'investissement privé, des efforts nécessaires.
Mais ceci suppose plusieurs conditions préalables.
L'appel au privé suppose des garanties de rentabilité
pour les investisseurs, une sécurité satisfaisante
(donc une gouvernance publique stable, l'absence de conflits ou
de guerres civiles, la lutte contre la corruption et l'insécurité
due au crime organisé), l'établissement de relations
stables à long terme entre les opérateurs privés
et les décideurs publics locaux (municipalités) et
nationaux en raison du long délai de retour sur ce type d'investissements
(de l'ordre d'une vingtaine d'années), toutes conditions
difficilement remplies dans les pays pauvres. Notons que ces problèmes
ne sont pas spécifiques à l'eau, mais touchent l'ensemble
de la problématique des IDE (Investissements directs à
l'étranger) dans les pays du tiers monde.
Ici, la marchandisation apparaît comme un complément
de ressources financières suppléant l'incapacité
des structures publiques nationales et internationales à
faire face à elles seules aux besoins des populations. Comme
alternative à un endettement public accru des pays pauvres,
dont on connaît les dangers, le recours au privé permet
une prise en charge de l'effort nécessaire assise sur la
solvabilité financière d'entreprises multinationales,
tirant leur chiffre d'affaires de consommateurs situés dans
des pays riches et des pays pauvres, et possédant pour cette
raison une solvabilité nettement supérieure à
celle des états pauvres du tiers monde.
Une nécessaire régulation
publique
Le deuxième angle d'approche s'inscrit dans une perspective
de régulation publique. Deux points importants sont à
noter ici. Les entreprises privées n'ont pas seulement un
meilleur accès aux capitaux internationaux mais possèdent
surtout une capacité technologique considérable. Par
exemple, assurer l'assainissement des villes des pays tropicaux
ne se résume pas à transférer des techniques
d'épuration adaptées aux pays tempérés.
Il faut développer des process adaptés et faire de
la R&D pour les mettre en opération. Les pays pauvres
ne disposent pas, dans la plupart des cas, des compétences
humaines et des moyens nécessaires pour cela. Mais les opérateurs
privés ne feront efficacement de la R&D dans ces domaines
que s'ils sont impliqués concrètement dans la gestion
des services d'eau des PVD. Par ailleurs la logique d'efficacité
économique veut que dans la mesure du possible, l'eau paie
l'eau. C'est à dire que des systèmes de tarification
de l'eau se mettent en place avec toutes les limites, bien entendu,
que posent le très faible niveau de vie des populations à
alimenter. Plus profondément, l'idée est qu'il est
souhaitable de séparer les considérations d'équité
sociale (qui devraient être résolues par l'aide publique
nationale et internationale) et les considérations d'efficacité,
c'est à dire de recherche du meilleur service d'eau au moindre
coût social. Evidemment, ces considérations ne sont
pas aussi clairement séparées en pratique, et il existe
un risque réel de prédation économique des
opérateurs privés au détriment des populations
pauvres du tiers monde. Ce risque ne peut être atténué
que si une régulation publique efficace se met en place dans
ces pays (en matière de conception et de gestion des contrats
de délégation de services publics en particulier).
C'est ici qu'interviennent les enjeux de bonne gouvernance et de
lutte contre la corruption.
Notons pour conclure que ces problèmes ne
sont pas spécifiques aux pays pauvres. Historiquement, l'initiative
privée a joué un rôle clé dans la distribution
d'eau potable en France, suppléant aux carences publiques
récurrentes en la matière. Ce qu'on a appelé
la privatisation de l'eau dans les années 80 concernait surtout
l'assainissement de collectivités en plus ou moins grandes
difficultés financières, et bien contentes de confier
au privé la charge de respecter les normes sévères
instaurées par l'Union européenne. Les dérives
politico-financières bien connues qui en ont résulté
sont davantage des problèmes liés à la gouvernance
des services publics qu'au caractère marchand ou non marchand
de l'approvisionnement en eau. C'est ce qu'illustre l'évolution
ultérieure de la législation (loi Sapin en particulier)
qui a permis de résoudre en grande partie ces problèmes
pour la France.
|
 |
5. 2 - Des normes existantes mais discutées
|
La majorité
des normes appliquées en France est maintenant d'origine
européenne. Ces normes et leurs seuils prennent la forme
de règlements adoptés par les Etats membres. Malgré
ces accords, les normes sont bien souvent discutées et considérées
comme des contraintes.
La controverse qui s'est instaurée autour des normes appliquées
à la qualité de l'eau, oppose souvent responsables
de la santé publique, responsables de grandes filières
de production et militants associatifs. Le débat se situe
autour de la fabrication des normes, de leurs seuils, et de leurs
usages différenciés. Pour les uns, la norme (CEE)
peut être interprétée comme une règle
qui désigne un risque perçu, pour les autres, elle
représente un risque réel qui menace déjà
le consommateur d'eau. Ces deux visions font certes appel à
une action d'urgence, mais elles ne s'inscrivent pas dans le même
registre. Le débat public de l'impact des pesticides sur
la contamination de l'eau de consommation, situe bien la question
et animent les milieux scientifiques, techniques et associatifs.
|
5. 3 - La préservation des ressources
|
Selon le rapport 2002
de l'IFEN sur l'état qualitatif des ressources en eau souterraines,
les teneurs en nitrates continuent à augmenter
là où la concentration est déjà critique
et les trois quarts des stations contrôlées sont altérées
par les pesticides. 41% des stations sont altérées
à un niveau tel que le prélèvement pour l'eau
potable ne pourrait se faire sans un traitement préalable.
Fait nouveau, l'application de la directive 98/83/CE du 3 novembre
1998, dite directive "Eau potable", a permis d'identifier
des secteurs à teneurs élevées en arsenic (>50
µg/l) ou en nickel (>20 µg/l). Les eaux souterraines
sont touchées par des pollutions d'origine anthropique (nitrates
et pesticides), mais dans des proportions qui ne sont pas forcément
incompatibles avec les usages, et d'une façon différente
sur le territoire.
Pour ce qui est des eaux de surface, l'on constate
un état biologique à peu près satisfaisant,
mais un état physico-chimique préoccupant (macro et
micro-polluants).
Le bilan des analyses montre que les paramètres
responsables du dépassement des normes ont été
: la microbiologie (risque bactérien), certains pesticides
(atrazine et simazine), la turbidité, les nitrates et l'aluminium.
À l'exception des nitrates, on observe une tendance à
l'amélioration sur la période 1993-1995. Cependant,
les situations de non-conformité qui persistent ont permis
de dégager deux grandes priorités nationales :
- La surveillance du risque bactérien
d'origine hydrique. Le contrôle d'Escherichia coli, germe
habituel de la flore intestinale des animaux et des hommes, qui
se répand dans les matières fécales. Sa présence
révèle une contamination fécale de l'eau. De
nouveaux agents comme cryptospridium et giardia mobilisent la communauté
médicale.
- Les nitrates et les pesticides. Pour les nitrates, une grande
majorité des dépassements de normes sont concentrés
sur un grand quart nord-ouest de la France. Pour les pesticides,
l'atrazine concerne davantage de grandes zones agricoles telles
que la Basse-Normandie, les Pays de la Loire et la Bretagne et pour
la simazine, principalement la Bretagne. La récente mise
au point des procédures de détection chimique du glyphosate
laisse déjà poindre le risque d'une contamination
ubiquiste. |
| 5. 4 - Les nouveaux risques de contamination
hydrique
|
Actuellement, les paramètres indicateurs
de contamination fécale sont simples à identifier,
et les bactéries sont sensées être éliminées
par désinfection / chloration. La découverte de nouveaux
agents pathogènes difficiles à repérer et insensibles
aux traitements de désinfection classique, entraîneront
très certainement, de profondes transformations dans la gestion
de l'utilisation de l'eau.
Les nouveaux agents de contamination microbiologique
L'épidémie de Milwaukee en 1993 aux Etats-Unis fut
un tournant dans l'histoire du traitement de l'eau. En quelques
mois, 400 000 cas de gastro-entérite furent identifiés
(dont 80 mortels). L'origine hydrique de la contamination ne faisait
aucun doute, mais aucun dépassement de norme n'avait été
enregistré. L'agent microbiologique finalement identifié
était un parasite protozoaire, le cryptosporidium.
Un signal d'alarme
Cela signifie :
- qu'il faudra renforcer les procédures d'information et
de surveillance DDASS sur le phénomène bactérien
et parasitaire,
- que de nouvelles connaissances, non seulement en contaminations
bactériennes, mais aussi sur d'autres agents microbiologiques,
les virus& sont à acquérir,
- que la désinfection traditionnelle par voie de chloration
élimine les bactéries pathogènes, mais peut
être sans effets sur d'autres agents microbiologiques.
La technique membranaire de désinfection est probablement
une barrière de protection efficace contre les types de risques
microbiologiques connus. Cette technique nouvelle progressera certainement
encore.
Les légionelles dans les réseaux
de distribution
Une quarantaine de bactéries caractérisent cette famille
dont une pathogène, la Légionnella pneumophila. Elles
se multiplient dans les réseaux de distribution des eaux
lorsqu'elles rencontrent des conditions favorables, en l'occurrence
: la stagnation des eaux, la présence d'un biofilm dans les
canalisations et, surtout, une montée en température.
Les légionelles sont très sensibles à la température
de l'eau : elles végètent dans une eau inférieure
à 15 / 20°C, elles se développent entre 25 et
40°C et meurent à plus de 60°C. Elles se développent
dans les canalisations où l'eau stagne, près d'une
source chaleur.
La légionellose se contacte par inhalation et non par ingestion.
L'inhalation affecte les poumons. Elle se transmet par conséquent
par des circuits générant des embruns et de tous systèmes
utilisant la nébulisation (bains bouillonnants, jacuzzi,
brumisateurs, équipements pour traitements respiratoires,&
).
Les actions de prévention portent sur les
installations de distribution des eaux qui ne doivent pas être
couplées au chauffage et qui doivent éviter les stockages,
et sur une vérification des températures. L'eau chaude
doit être maintenue au-dessus de 60°C.
(La "maladie du légionnaire" a été
ainsi dénommée car elle a été identifiée
pour la première fois à la suite d'un congrès
d'anciens combattants américains - l'American légion
- dans un hôtel de Philadelphie en 1976).
|
| |
| Copyright © INRA
2004 (tous droits réservés) |
 |
|
| |